1st January 1970

Une réunification familiale

L’un des Notaires correspondant du cabinet devait traiter la succession d’un défunt d’origine juive polonaise dont seuls deux cousins étaient connus.

Les recherches ont donc commencé en France où nous avons interrogé les voisins et les membres de la famille connus, mais sans aucun résultat. Le nom de famille étant rare, nous avons recherché s’il était porté sur le territoire national, mais ce n’était pas le cas. D’après les cousins connus, toute la famille avait été décimée en camp de concentration pendant la seconde guerre mondiale. Un témoignage verbal a de la valeur, mais en l’occurrence, il était difficile de s’y tenir. En effet, nous savions que d’autres membres de la famille avaient existé, alors il a fallu « creuser un peu le sujet ».

La famille avait longtemps tiré ses ressources du commerce de tissus entre la Russie et l’Angleterre et peut-être y avait-il encore une trace de cette activité chez nos voisins d’outre-manche.

Les recherches préliminaires sur internet ont révélé l’existence d’un noyau familial portant le même nom que le défunt et établi à Londres dans la première moitié du 20ème siècle. Nous nous sommes donc rendus à Londres pour consulter les documents sur lesquels apparaissait cette famille, ce qui a permis de retrouver des dates de naissance. Bien-sûr, tous les individus étaient originaires de Pologne et d’Ukraine. Alors, comment savoir ? Il fallait trouver un acte sur place, c’était notre seule chance. Malheureusement, aucun testament n’ayant été enregistré et les registres commerciaux ne donnant rien, il fallut éplucher les registres annuels d’état-civil, sans savoir si cela donnerait quelque chose. Par bonheur, si toutefois vous me permettez l’expression, l’acte de décès du père de famille avait été établi en Angleterre.

Le lendemain de cette découverte nous avons obtenu la copie de l’acte et pu constater qu’il s’agissait bien de la même famille que celle du défunt français. Il ne s’agissait ni plus, ni moins que d’un oncle du défunt, établi en Angleterre. Cet oncle avait eu deux enfants, dont seulement l’un avait survécu, mais était parti s’établir aux Etats-Unis. En effet, nous avons retrouvé sa trace sur la Californie où malheureusement il était décédé quelques années auparavant. La piste semblait à nouveau interrompue, mais la consultation du certificat de décès mentionnait l’existence d’un fils domicilié dans le même état. Il est vrai qu’internet et les différentes sources mises en ligne ont alors facilité le travail. Nous avons en effet pu retrouver une adresse professionnelle du fils et sommes parvenus, par ce biais, à le contacter. Lors de notre entretien téléphonique, il nous a confirmé les informations glanées au détour des éléments consultés et nous a avoué sa surprise de constater que d’autres membres de sa famille existaient. Quoi qu’il en soit, il y avait un héritier supplémentaire et cela remettait tout en cause. Il fallait aller plus loin. Seulement voilà, plus loin, cela signifiait la Pologne et l’Ukraine…

Là encore, les recherches préliminaires furent effectuées sur internet, grâce aux fichiers mis en ligne par diverses associations. Grâce à cela, nous avons pu établir l’existence d’autres oncles et tantes du défunt, mais sans pouvoir aller au-delà.

Il n’y avait donc plus qu’un seul moyen de résoudre le problème : aller sur place.

Nous nous sommes donc rendus dans la localité d’origine de la famille, près de Poznan, où les recherches purent être effectuées tant à la mairie, que dans les services d’archives. Nous avons d’ailleurs reçu un accueil absolument incroyable de la part de certains membres du personnel qui passèrent outre les ordres de la hiérarchie pour nous permettre de consulter et copier les documents.

La famille était plus nombreuse que nous ne le soupçonnions et nous ne pouvions pas tirer d’avantage d’informations des actes d’état civil et des documents mis à notre disposition. L’identité juive des personnes recherchées, nous orienta vers la synagogue où l’on nous indiqua le nom d’une fondation à Varsovie. Après avoir laissé la traductrice à Poznan nous reprenions le train pour nous rendre dans les locaux de cette fondation à Varsovie.